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  • : Norbert Crochet vous invite à partager son univers composé de "photeaux" qu'il crée mais aussi d'ouvrages majeurs du XVIIIe siècle qu'il édite et rend enfin disponibles au lecteur contemporain.

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Que vous l’ayez rêvée ou pas, elle est arrivée !

Le XVIIIe siècle fut l'un des plus riches sur le plan de la création littéraire par l’importance des idées nouvelles qu’elle contribua à répandre. Que ce soit sur le plan de la philosophie, des sciences ou des mœurs, les auteurs de l’époque, si convaincus d’être sortis d’une période d’obscurantisme qu’ils définissaient déjà leur siècle comme étant celui des Lumières, remettent en question l’ordre social et toutes les idées reçues de pouvoirs désormais contestés, qu’ils soient monarchiques ou religieux.

Bien sûr, emprisonnements et censures guettaient ces auteurs sulfureux, et leurs défenseurs : Jean-Jacques Pauvert, le premier éditeur à vouloir publier l’œuvre complète du marquis de Sade ne fut-il pas, au milieu du XXe siècle (ce n’est pas si loin !), traîné en justice parce qu’il « démoralisait » la jeunesse ? Il fallut même patienter jusqu’en 1958 pour que le jugement d’un tribunal déclare Sade comme étant un écrivain digne de ce nom. Et le Divin Marquis dut attendre 1990, et donc son 250e anniversaire, pour être reconnu par la Bibliothèque de la Pléiade.

Les philosophes n’ont certes pas connu un tel purgatoire, la Révolution leur ayant très tôt accordé le respect que l’on doit à tout père fondateur. Reste alors de ce XVIIIe siècle une image bipolaire : d’un côté, des auteurs respectables auréolés de ces Lumières, des emblèmes du pouvoir de la raison humaine qui rendent enfin possibles les progrès dans le domaine de la connaissance et des idées ; et de l’autre côté, dans cette ombre inévitablement créée par la lumière, des auteurs qui, pense-t-on, aveuglent et non éclairent, et risquent de transformer la Liberté en laxisme.

Mais il s’agit des deux faces d’une même pièce et mon projet est de les réunir : pouvoir accéder, via un unique site internet, à un maximum de textes de cette époque si lumineuse, et ne plus devoir choisir entre les sites austères des universités et ceux d’obscurs adeptes du sadomasochisme, lorsque l’on s’intéresse à cette période.

Bien sûr, cela va mettre beaucoup de temps. Mais il faut bien commencer un jour et plusieurs ouvrages, que je vous présenterai très prochainement, sont déjà disponibles en versions papier et électronique, dans cette bibliothèque virtuelle dont les rayonnages accueilleront régulièrement de nouvelles œuvres.

En guise d’illustration pour ce projet, voici le portrait imaginaire du marquis de Sade peint par Man Ray en 1938. Fait de blocs de pierre sur lesquels sont inscrites, au-dessus de son nom, ses dates de naissance et de mort, le marquis regarde la Bastille que les flammes sont en train de détruire. Une citation de l’écrivain figure au bas du tableau : « afin que… les traces de ma tombe disparaissent de dessus de la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s’effacera de l’esprit des hommes… »  C’est ainsi que Man Ray a choisi d’illustrer la destruction des murs qui emprisonnent l’esprit humain et la victoire du subversif, idée que l’on peut prendre comme symbole du XVIIIe siècle et de sa littérature.

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